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Caméras dans un gîte à La Réunion : ce qui est autorisé, ce qui ne l'est pas

Mis à jour le 21 septembre 2026 · lecture 8 min

Un propriétaire qui loue à distance veut savoir ce qui se passe chez lui : nombre d'occupants, fêtes, dégradations. La tentation de la caméra est compréhensible. Mais entre un dispositif légitime et un délit pénal, la frontière est nette, et elle ne passe pas là où beaucoup l'imaginent. Voici les règles applicables à un gîte, un meublé de tourisme ou une chambre d'hôtes.

L'essentiel en trois phrases

Aucune caméra à l'intérieur du logement loué, jamais, ni dans les espaces privatifs extérieurs mis à disposition du locataire. Une caméra est possible sur vos propres accès extérieurs, à condition de ne filmer ni la voie publique ni chez le voisin, et de l'annoncer avant la réservation. Une caméra cachée dans un logement loué est un délit pénal, pas une simple irrégularité.

Un gîte n'est pas un « lieu ouvert au public »

C'est le point de départ, et il évite une démarche inutile. Le code de la sécurité intérieure soumet à autorisation préfectorale les systèmes de vidéoprotection installés dans les lieux ouverts au public, c'est-à-dire les établissements où chacun peut se rendre librement et spontanément : commerces, restaurants, débits de boissons, centres commerciaux, halls d'accueil, salles de spectacle.

Un gîte, un meublé de tourisme ou une chambre d'hôtes ne relève pas de cette catégorie. On n'y entre pas librement : on y accède parce qu'on a réservé et signé un contrat. Ce sont des lieux privatifs, pour lesquels la réglementation de la vidéoprotection et sa procédure d'autorisation ne s'appliquent pas.

Attention toutefois : ce n'est pas une zone de non-droit. Le texte le dit expressément, l'installation éventuelle de caméras dans un lieu privatif doit s'effectuer dans le respect de la vie privée et sans visionner la voie publique. C'est précisément là que tout se joue.

Pas d'autorisation préfectorale
Pour un gîte, un meublé ou une chambre d'hôtes classiques : pas de CERFA, pas de dossier en préfecture
Autorisation nécessaire
Si votre activité comprend une partie réellement ouverte au public : table d'hôtes accueillant des clients extérieurs, boutique, bar, salle de réception louée à des tiers, réception de type hôtelier
Dans tous les cas
Respect de la vie privée, interdiction de filmer la voie publique, information des personnes filmées

Où une caméra est interdite

La liste n'est pas négociable. Dans tout espace mis à la disposition du locataire, il n'y a pas de caméra possible, quel que soit le motif invoqué et même avec une information parfaite.

  • À l'intérieur du logement, sans exceptionChambres, séjour, cuisine, couloir, salle de bain, toilettes, buanderie. Aucune formulation contractuelle ne rend cela licite
  • Les espaces extérieurs privatifs du locataireTerrasse, varangue, jardin privatif, bord de piscine réservé aux occupants, cour fermée : ce sont des lieux de vie, au même titre que le salon
  • Les accès aux sanitaires et aux chambresFilmer une porte de salle de bain revient à surveiller qui y entre et en sort, donc à s'immiscer dans l'intimité
  • Tout dispositif dissimuléCaméra intégrée dans un détecteur de fumée, un réveil, une enceinte, un cadre. C'est le cas le plus grave : le fait d'enregistrer l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé sans son consentement est puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende par le code pénal
  • Le micro et l'enregistrement sonoreCaptation de conversations privées : même régime, même sanction. Un capteur de bruit qui mesure un niveau sonore sans enregistrer l'audio est une autre chose, mais il doit être annoncé
  • La voie publique et la propriété voisineUn particulier ne peut pas filmer la rue, le trottoir ou le jardin du voisin. Le champ de la caméra doit s'arrêter à votre limite de propriété

Ajoutez à cela les règles des plateformes de réservation, plus strictes encore que la loi : Airbnb interdit depuis 2024 toute caméra à l'intérieur d'un logement, y compris annoncée et visible, sous peine de retrait de l'annonce. Les autres plateformes suivent des logiques comparables.

Où une caméra reste possible

Le périmètre licite existe, il est simplement plus étroit qu'on ne le croit : il couvre vos accès et vos biens, pas la vie de vos locataires.

  • Le portail ou l'entrée de votre propriétéCadrage sur votre seuil, sans débordement sur la rue ni sur le terrain mitoyen
  • Les abords extérieurs du bâti que vous n'avez pas louésFaçade, allée d'accès, local technique, garage, dépendance fermée
  • Les locaux techniques et de stockageRéserve, chaufferie, local piscine, local à vélos : aucun occupant n'y vit
  • Votre propre logement, si vous habitez sur placeUn dispositif qui protège votre partie privée, sans couvrir la partie louée ni ses accès

Un cas fréquent mérite d'être tranché : la caméra sur la porte d'entrée du gîte, pour compter les arrivants. Une sonnette vidéo qui filme le seuil de la porte d'un logement loué surveille de fait les allées et venues des occupants. La tolérance est faible, la contestation facile, et la plupart des plateformes la refusent. Si le but est de connaître le nombre d'occupants, un état des lieux d'arrivée et une clause claire sur le nombre de personnes autorisées sont bien plus solides juridiquement.

Vos obligations quand vous installez une caméra licite

  1. 1
    Informer avant la réservationLa présence, la localisation et le champ de chaque caméra doivent figurer dans l'annonce et dans le contrat de location. Un voyageur doit pouvoir renoncer en connaissance de cause
  2. 2
    Signaler sur placeUn panneau visible à l'entrée de la zone filmée, mentionnant le responsable du dispositif et les modalités d'exercice des droits
  3. 3
    Limiter le champ et la finalitéUne caméra installée pour prévenir les intrusions ne sert pas à vérifier les horaires de vos locataires. Le cadrage doit correspondre strictement à l'objectif annoncé
  4. 4
    Limiter la conservationLes images ne se gardent que le temps nécessaire, de l'ordre de quelques jours à un mois selon l'usage, puis s'effacent automatiquement. Au-delà, il faut un motif précis, comme une procédure en cours
  5. 5
    Sécuriser l'accèsMot de passe robuste sur l'enregistreur et l'application, accès réservé à vous seul, flux non partagé. Un système mal protégé vous rend responsable de la fuite
  6. 6
    Répondre aux demandesUn locataire filmé peut demander l'accès aux images le concernant et leur effacement. Vous devez être en mesure de traiter cette demande

Ce que vous risquez en cas de manquement

Les trois régimes de sanction applicables à un dispositif irrégulier dans un hébergement touristique.
SituationRégimeConséquence
Caméra cachée dans un logement louéAtteinte à l'intimité de la vie privéePénalJusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende, plus les dommages et intérêts
Caméra déclarée mais mal cadrée ou non informéeTraitement de données irrégulierProtection des donnéesMise en demeure, injonction de mise en conformité, sanction financière de l'autorité de contrôle
Caméra dans un lieu réellement ouvert au public sans autorisationCode de la sécurité intérieureAdministratif et pénalFermeture du dispositif, sanctions prévues par le code
Caméra intérieure sur une plateformeConditions contractuellesCommercialRetrait de l'annonce, suspension du compte, remboursement du séjour

Un point souvent sous-estimé : la découverte d'une caméra, même parfaitement légale mais non annoncée, se solde presque toujours par un avis public dévastateur et une demande de remboursement. Le risque commercial arrive avant le risque juridique.

Les alternatives qui règlent le vrai problème

Derrière la demande de caméra, il y a presque toujours l'une de ces trois craintes. Chacune a une réponse plus efficace et sans risque.

Craindre les fêtes et le bruit
Un capteur de niveau sonore, qui mesure des décibels sans enregistrer de conversation, annoncé dans l'annonce et le contrat. Il alerte sans surveiller
Craindre le sur-occupation
Une clause contractuelle sur le nombre d'occupants, un état des lieux d'arrivée et, si besoin, un accueil physique ou une conciergerie qui remet les clés en personne
Craindre les dégradations
Un dépôt de garantie, un inventaire photographique daté à l'arrivée et au départ, et une assurance propriétaire non occupant adaptée à la location saisonnière
Gérer à distance
Une conciergerie locale : présence lors des arrivées, ménage entre deux séjours, vérification de l'état du logement. Voir notre annuaire des conciergeries
Gérer votre location depuis loin, sans caméra et sans souci.Voir les conciergeries de l'île

La démarche préfectorale, si votre cas l'exige

Si votre activité comporte réellement une partie ouverte au public, l'autorisation est obligatoire avant la mise en service des caméras. Elle se demande à la préfecture du département d'implantation de l'établissement, pas à celle du siège social, par télédéclaration, par courriel au bureau de la police administrative ou par courrier à la préfecture de Saint-Denis.

Pièces du dossier
Formulaire CERFA 13806*04 complété, certificat de conformité des caméras ou annexe de la notice d'information, plan de masse détaillant l'emplacement des caméras, affiche réglementaire d'information du public, et un rapport de présentation du système à partir de huit caméras
Délai à prévoir
Il est conseillé de déposer la demande au moins quatre mois avant la mise en service
Durée de validité
Cinq ans à compter de la date de l'arrêté. Le renouvellement se demande quatre mois avant l'expiration
Changement de responsable
L'autorisation est personnelle : une reprise d'exploitation impose une nouvelle demande
Dossier incomplet
Il n'est pas traité, sans autre avis

Source : service de la vidéoprotection de la préfecture de La Réunion, articles L.223-1 à L.223-9, L.251-1 à L.255-1, L.613-13 et R.251-1 à R.253-4 du code de la sécurité intérieure, et circulaire du 14 septembre 2011.

Questions fréquentes

Faut-il une autorisation préfectorale pour une caméra dans un gîte ?

Non dans le cas général. Un gîte, un meublé de tourisme ou une chambre d'hôtes n'est pas un lieu ouvert au public au sens du code de la sécurité intérieure : on n'y entre pas librement et spontanément, mais après réservation. La procédure d'autorisation ne s'applique donc pas. Elle redevient obligatoire si votre activité comprend une partie réellement ouverte au public, comme une table d'hôtes accueillant des clients extérieurs ou une salle louée à des tiers.

Peut-on installer une caméra à l'intérieur d'un logement loué ?

Non, jamais, y compris dans le séjour ou la cuisine, et même en l'annonçant. Ce sont des espaces de vie privée du locataire. Une caméra dissimulée relève en plus du délit d'atteinte à l'intimité de la vie privée, puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende.

Et une caméra sur la terrasse ou au bord de la piscine ?

Interdite dès lors que cet espace est mis à disposition des occupants. Une terrasse, une varangue, un jardin privatif ou un bord de piscine réservé aux locataires sont des lieux de vie, au même titre que l'intérieur.

Où peut-on légalement placer une caméra ?

Sur vos propres accès et vos biens non loués : portail, seuil de votre propriété, allée d'accès, façade, garage, local technique, local piscine, ainsi que votre logement personnel si vous habitez sur place. Le champ doit s'arrêter à votre limite de propriété : ni voie publique, ni terrain voisin.

Une sonnette vidéo à l'entrée du gîte est-elle admise ?

C'est très contestable. Filmer la porte d'un logement loué revient à surveiller les allées et venues des occupants, et la plupart des plateformes le refusent. Pour vérifier le nombre d'occupants, une clause contractuelle et un état des lieux d'arrivée sont juridiquement bien plus solides.

Peut-on filmer la rue devant son gîte ?

Non. Seules les autorités publiques peuvent filmer la voie publique. Un particulier ne peut viser les abords immédiats de ses bâtiments que dans le cadre très spécifique de la prévention d'actes de terrorisme, ce qui ne concerne pas un hébergement touristique. Le cadrage doit exclure rue, trottoir et propriété voisine.

Suffit-il de prévenir le locataire dans le contrat ?

Non. L'information est une obligation, pas une autorisation : elle ne rend pas licite une caméra installée dans un espace de vie. Elle est en revanche indispensable pour tout dispositif par ailleurs légal, et doit figurer dans l'annonce, dans le contrat et sur un panneau sur place.

Combien de temps peut-on garder les images ?

Le temps strictement nécessaire à la finalité annoncée, de l'ordre de quelques jours à un mois selon l'usage, avec un effacement automatique ensuite. Une conservation plus longue suppose un motif précis, par exemple une procédure en cours.

Un capteur de bruit est-il autorisé ?

Un dispositif qui mesure un niveau sonore sans enregistrer les conversations est admis, à condition d'être annoncé dans l'annonce et le contrat. Tout enregistrement de l'audio, lui, relève du même régime pénal qu'une caméra cachée.

Que dit Airbnb sur les caméras ?

La plateforme interdit depuis 2024 toute caméra à l'intérieur d'un logement, même visible et déclarée. Les dispositifs extérieurs doivent être signalés dans l'annonce. Un manquement expose au retrait de l'annonce et à la suspension du compte.

Comment surveiller son bien sans caméra ?

Par l'organisation plutôt que par la technique : accueil physique ou conciergerie qui remet les clés, clause sur le nombre d'occupants, inventaire photographique daté à l'arrivée et au départ, dépôt de garantie, assurance propriétaire non occupant adaptée à la location saisonnière, et capteur de bruit annoncé si le voisinage est sensible.

Ce guide présente le cadre applicable de façon synthétique et ne constitue pas un conseil juridique. Pour une situation particulière, notamment si votre activité comporte une partie ouverte au public, adressez-vous au service de la vidéoprotection de la préfecture de La Réunion.